LES CHEMINS DE L’OMBRE ...




  
Le passé déploie souvent sur nous sa corolle fragile, en ces chemins de poussière ou les souvenirs s’effeuillent en ombres étranges pour nous faire débusquer l’indicible. 

Flottant dans l’aigre vent nos pensées s’inventent des mondes oniriques, se font rêveusement tendres avec des bouts de bois, des fleurs tombées, et des cailloux. 

Tel un oiseau charmé par le premier soleil je souriais toujours à l’aurore ingénue, aux reflets du matin pour n’être qu’un rêveur indolent allant vers la lueur blême du crépuscule. 

Le cœur dans la main je n’avais que le rêve pour fuir, effilocher le temps, caracoler dans les cieux, n’être plus un enfant vieilli dans sa prison. 

Je goûtais à l’amour des dangers inconnus, curieux des attraits mystérieux de la tendresse humaine, cherchant les sentiments empourprés, afin de n’être plus qu'un promeneur assidu au rêve heureux. 

Mais dans ces chemins de l’ombre je me retrouvais souvent comme un oiseau blessé
précipité des nues, un pâle enfant plein de rêves et de douleurs. 

J’ai en vain tenté d’asservir le ciel, le rêve ravisseur ne voulant  pas se saisir de moi, mais en voyant fondre sur ma vie les traîtrises du temps j’ai laissé fuir l’exaltation de ce berceau d’azur. 

Je me suis mis à faire davantage de haltes dans le passé, dans ces airs violets ou je n’entendais plus que mes soupirs tels des bruissements de feuilles.

Puis j’ai croisé la route de celle qui a su charmer la douleur pour en faire un crépuscule orange, un très doux désespoir de ses seuls yeux levés vers des astres plus clairs.

Une déesse tel un long pétale blanc, qui est venue se poser sur mon épaule comme une larme nue pour rendre à mes yeux leur plein de jour. 

Tous les visages de l’amour ne forment au fil des ans qu’un seul et infini visage, celui de celle qui se veut la branche qui pourra supporter tes cris silencieux si mal exprimés, tout en tentant en vain de cacher les siens. 

Mes pleurs ont étouffé les siens, tellement pudiques qu’ils la font autrement plus belle, de la beauté gracieuse des âmes dont l’errance ressemble au vol d’un papillon. 

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