FAUTE OU PERVERSION...


 Je sais fort bien que je rentre avec ce sujet sur un terrain fortement miné, quant au fait de vouloir donner mon point de vue sur l'affaire POLANSKI qui pourrait être celle de bien d'autres d'ailleurs.

Réelle ou supposée la clémence des juges envers les délits ou les crimes de notables, n'est pas une chose nouvelle, et il suffit d'écouter la rue pour se convaincre que le peuple recherche la chute des puissants.

Il se déchaîne au point de pouvoir rétablir la peine de mort s'il en avait les moyens, nous voyons resurgir le cynisme de l'éternelle lutte des classes au lieu de raisonner de manière raisonnable plutôt qu'émotive.

Le  prisme de la morale qui suggère deux camps, le bien et le mal fracture davantage nos sociétés, alors qu'une réflexion plus globale serait souhaitable, nous assistons à un manichéisme violent qui fait d'un coupable un monstre.

En effet l'homme semble n'être que la partie visible des violences faites aux femmes, son boycott, lynchage et sa culpabilisation nous font assister à une société de délation ou nous prenons le risque que tout un chacun puisse être un jour condamné du fait de l'opinion publique.

A. CAMUS disait "tout homme a en lui un criminel qui s'ignore," dans le silence de nos consciences lequel d'entre nous peut prétendre n'avoir jamais abusé d'une femme, forcé son consentement, aménagé une situation à son avantage.

La culture du viol est un concept particulièrement récent, indéfendable, injustifiable toute forme de violence étant à proscrire, celle infligée à des peuples, à des minorités, des enfants et des femmes dont nous prenons conscience de plus en plus et c'est tant mieux.

Il ne s'agit pas de minimiser des actes, de commenter sans se soucier des victimes mais de nous rendre compte que la perversion supposée de certains d'entre nous est l'affaire de tous, qui cautionnons depuis toujours un certain machisme.

J'ai surtout l'impression d'un coupable utile qui devrait tous nous absoudre de nos pêchés, alors qu'il y en a davantage de jour en jour qui sont mis en lumière, que ne va-t-on pas boycotter l’église, lyncher les prêtres, condamner le Pape.

Face à un artiste démiurge il y a un public passif, toute agitation ne résoudra rien si nous ne tentons pas de comprendre que l'homme peut avoir des démons impardonnables et qu'au lieu de nager dans un repli identitaire il nous faudrait avancer vers une certaine conscience morale.

Bien des artistes traînent derrière eux des images de folie, ils sont les auteurs des frasques sanglantes que nous applaudissons à tout rompre avant de les clouer au pilori, tant nous aimons brûler ceux que nous avons hier encensés.

Tout le monde sait qu'il n'y a pas de place pour le génie dans la normalité, et nous admettons inconsciemment les excès tout en sachant l'hypocrisie générale liée à celui-ci même dans le milieu politique, sportif ou artistique.
                       
Aucun homme connu n'est tout blanc, aucun être humain n'est infaillible sous la lumière, artifices, sourires forcés, votes tronqués ne sont là que pour masquer nos propres failles, des personnages que le public pourrait haïr, un tribunal populaire condamner.

Les maladresses verbales s’enchaînant, conduisent inéluctablement toutes les sociétés à se déchirer encore plus au lieu de faire tous ensemble un travail collectif qui mènerait à abandonner toutes les formes de chasses aux sorcières.

Si nous nous penchons sur une œuvre teintée de noirceur et d'ironie, nous verrions le joyeux désenchantement d'une existence faite de drames, de bonheurs et de scandales, un homme que la vie a profondément meurtri et qui pensait que le meilleur était pour la fin.

Une personne dont l’ironie et la gaieté profonde n'étaient qu'une façon de s'éloigner de ses abîmes de tragédie et de douleur, d'une peur omniprésente qui lui vient d'une enfance passée à toujours fuir, les rafles, le ghetto, les fantômes les siens disparus. 

Un homme qui malgré lui a du escalader l'échelle du chagrin quand son épouse enceinte de huit mois fut retrouvée éventrée par des hippies à Hollywood en même temps que quatre autres personnes, alors qu'il n'était qu'un jeune homme à la mode.

Une vie qui vacille, une vie dissolue, un enfant terrible et sulfureux au sourire espiègle qui trop tôt a dansé avec le pire, les fantômes de l'enfance, tout en étant un acteur bourré de talent auquel le monde tendait les bras.

Un homme à la silhouette gracile, l'allure juvénile et au regard vif qui en impose malgré ses 1,65 m qui se souvient du gamin qui fouillait dans les poubelles en Pologne, à la recherche des chutes de pellicules cinématographiques. 

Celui dont les films désenchantés et sombres sont traités avec ironie, et qui prend chacun d'entre eux comme un nouveau défi, comme celui d'oser prendre les Etats Unis à parti en osant aborder des questions taboues.

Il est fascinant de voir ce singulier parcours, cet auteur autrement optimiste créant une œuvre aussi pessimiste, qui depuis a su avoir une autre attitude, se retrouver face à la justice de ses pairs qui voudrait le condamner deux fois

L'aberration s'il y en a une, fut de le nominer à la présidence des Césars, en occultant des victimes qui avaient besoin d'espoir et de réconfort tant elles avaient beaucoup souffert, d’opposer un homme que la vie a profondément meurtri à la vindicte populaire.

En son temps le procès de Klaus Barbie m'avait laissé interrogateur tant il fallait laisser ce vieil homme en proie avec sa conscience quant à ce qui est à peine concevable à imaginer pour un être humain, l'humanité se dégradant à haïr à ce point.

























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