UNE PARANOÏA RACISTE A L'OEUVRE...
Avec le paradoxe formidable de la fiction, Camus racontait avec "la peste" une histoire singulière qui touchait tout le monde.
L'épidémie du Coronavirus comporte déjà de par sa nomination quelque chose de sérieux et de préoccupant, le mot virus ayant à lui seul une forte connotation anxiogène, en plus d'agir comme un révélateur de notre nature profonde.
Des peurs irrationnelles nous poussent à désigner des coupables, comme jadis les Juifs étaient accusés d'empoisonner les rivières, ou que l'on désignait à la vindicte populaire le lépreux, le gitan, le vagabond ou la prostituée.
Le primat de l'actualité sur les questions de long terme, ces millions de migrants qui se pressent à nos frontières, la beauté mélancolique des avenues vides de Hong-Kong empêchent l'humain d'agir avec à propos, le monde est et parait fou.
La fragilité intrinsèque de notre raisonnement, nous incitent à des comportements qui nous nuisent, des automatismes de pensées qui font le lit d'une paranoïa raciste à l'oeuvre, qui voudrait nous faire oublier que l'humanité n'est qu'une espèce vivante parmi d'autres sur la planète terre.
Malgré le fait qu'une grande ville chinoise soit probablement un des endroits les plus surs au monde, certains charrient encore les fantasmes de vieilles chinoises sales, dépouillant des serpents vivants et avalant de la soupe de chauves-souris.
Le gradient de représentation met en opposition le déni et l'hyper angoisse, alors que des milliers de personnes meurent quotidiennement de multiples infections, une humeur apocalyptique rendant l'incertitude insupportable, jette un trouble panique parmi nous.
Nous avons changé notre rapport au monde, celui là même souvent égocentré voire fou qui devrait être capable de relever d'autres défis que sont le terrorisme, les menaces environnementales et l'intelligence artificielle qui exacerbent les situations.
Ces bouleversements irrationnels, ces moindres doutes qui nous empêchent d'agir, créent une crise d'anxiété qui se transforme en panique, nous faisant ainsi oublier le titre d'un livre de Hubert Reeves, "Là ou croit le péril...croit aussi ce qui sauve."
La panique autant que le déni sont tous deux de piètres conseillers, l'interprétation catastrophique d'un événement qui nous fait attendre un vaccin tels ceux que nous taclions hier devrait nous faire prendre conscience la fragilité de nos sociétés.
Dépression, sentiment de colère et de peur sont des réactions normales provoquées par la crainte et la menace que représentent l'épidémie actuelle qui vient confronter l'humain à plus fort que lui, la nature.
Malgré un taux de létalité relativement faible, osons imaginer l'impact psychologique d'une mise en quarantaine d'un individu, un village ou des villes entières, pour nous souvenir que ce qui nous relie nous donne de la force et aussi de la fragilité.
Pour ma part j'ai des amis chinois que je ne cesserai pas de côtoyer sous quelque prétexte que ce soit et à ma grande surprise mon amitié amoureuse m’annonçait hier soir qu'elle se rendait tout droit à un concert sans provoquer de réelle interrogation de ma part quant à cette attitude.
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